Dossier Faire échec à la nuit
Charles Juliet — Le Dire fraternel
Peut-être n° 1, 2025 p. 118-144
Résumé
La poésie de Charles Juliet est un condensé d’existence, une concrétion d’être qui fait sa valeur et son intensité poétique. Et, puisque pour Juliet œuvre et auteur sont indissociables, des anthologies telles que Moisson et Pour plus de lumière nous permettent d’entrevoir le cheminement existentiel et poétique du poète et de comprendre sa posture à l’égard du monde et des hommes.
« A quoi bon des poètes en temps de pénurie ? » interroge Hölderlin. Si l’œuvre entière et très homogène de Charles Juliet se consacre à l’intime, ce n’est que pour mieux se tourner vers l’autre et l’universel. La lente et patiente traversée de nuit de Juliet, de sa nuit qui est épreuve et mort du « moi », ce difficile et nécessaire forage de l’intériorité, débouche, par-delà brumes et entraves de l’individualité, sur la lueur qui prend bien des noms sans qu’un seul ne soit exact : source, centre, vérité, un.
Et pour répondre à la question première, au cri originel d’une humanité entière, le poète extrait les mots dans leur gangue et les offre en partage, formule ce qui se tait et qui ronge en chacun, offre par sa voix le souffle vital qui manque à ceux qui étouffent de n’être pas écoutés. C’est un élan vers la vie, réconciliation et acceptation d’être, que dit le cheminement poétique et résilient de Charles Juliet, avec l’humain au centre, par et pour l’humain. À l’écoute de tant de voix, d’Hölderlin à Etty Hillesum, il propose la sienne propre, qui est une et plurielle. Elle se fond dans le murmure intérieur en chacun pour que, par compassion fraternelle, l’humain ne soit plus seul.
