Peut-être n° 1, 2025

Dossier Faire échec à la nuit

Claude Vigée face à l’héritage de la poésie moderne

par Hélène Davoine

Peut-être n° 1, 2025 p. 103-117

Résumé

L’œuvre de Claude Vigée, qui participe à définir les conditions de possibilité de la poésie dans le contexte du second XXe siècle, est sous-tendue par la volonté de « dépasser ou de briser les lignes d’horizon de la poésie occidentale moderne » (La Faille du regard, 1987). Si l’œuvre vigéenne, dans son versant poétique tout autant que dans son versant essayiste, entretient un dialogue fécond avec les textes issus du romantisme européen, ainsi qu’avec la tradition poétique post-mallarméenne, elle se fonde néanmoins sur un geste d’importance primordiale : le rejet de l’esthétique de la négativité qui constitue, selon le poète, le trait emblématique des poétiques modernes. L’intention explicite de se situer face au legs de la modernité poétique occidentale est le creuset d’une œuvre qui interroge le sort qu’il convient de réserver à l’héritage de la poésie moderne et à la tentation du négatif dont elle se trouve, aux yeux du poète, dépositaire. En dépit d’un long séjour aux États-Unis entre 1942 et 1960, auquel Claude Vigée se trouve contraint par la montée du nazisme en Europe, et durant lequel il noue un dialogue approfondi avec nombre de poètes et poétesses américains, c’est à la tradition issue de Mallarmé, appréhendée comme « la poésie de l’exil de l’être » (Révolte et louanges, 1962), que le poète juif d’origine alsacienne tente de répondre.

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