Dossier Faire échec à la nuit
Claude Vigée, la petite musique de l’École de Pensée Juive de Paris — Entre Écriture et Révélation
Peut-être n° 1, 2025 p. 26-49
Résumé
Dans sa vie comme dans son œuvre, Claude Vigée explore l’exil, l’errance et le rôle prophétique du poète comme « transcripteur de l’indicible ». Dans son article consacré à la nouvelle de Borges intitulée L’Aleph, il compare l’Aleph kabbalistique à celui de la nouvelle de Borges, point d’infini et de révélation. L’Aleph, lettre muette, devient chez Vigée le symbole du langage créateur et du divin caché, réservoir formidable de forces incommensurables. L’écriture poétique est un acte messianique et restaurateur qui retisse les liens déchirés entre passé, présent et futur. Le langage se fait espérance et réparation entre l’homme et Dieu, entre les langues et les mondes. Mais c’est un messianisme de l’inachevé, qui porte en lui les douleurs et les souffrances résolument irrésolues, une tension entre ce qui est et ce qui doit advenir, sans faire l’économie de ce qui dérange et de ce qu’il faut dénoncer. Comme Jacob, à la fois patriarche enraciné dans la tradition et jeune homme fort et lumineux, le poète lutte avec l’ange. Le choc est rencontre avec l’absolu, blessure, jaillissement de la lumière du sein des ténèbres, un acte de vie réaffirmée et de refus du compromis. L’écriture de Vigée est résistance, incarnant l’existentialisme juif de l’École de Paris qui refuse de justifier la souffrance. La « petite musique » de Vigée, c’est le chant d’un homme blessé qui renaît à chaque pas et redouble la vie qu’il a reçue en cadeau, un chant universel qui jaillit en secret du silence.
